Alexander Hawkins : No Nation but Imagination
Épris de phrasés qui pèchent parfois par excès de conceptualisation, Alexander Hawkins a toujours veillé à garder allumée la flamme du lyrisme qui brûle en lui. Une forme d’exercice de contrebalance sans cesse renouvelé dont il maîtrise les arcanes. On le sait féru de Bach autant que de Ligeti, tandis qu’il a travaillé avec nombre d’artistes dont la force lyrique est patente, ainsi de la chanteuse Sofia Jernberg, de la saxophoniste Angelica Niescier ou du clarinettiste François Houle pour ne citer que les plus notables. Ce nouvel album illustre une fois de plus son aptitude à jouer le balancier entre abstraction et lyrisme. Un disque qui le voit revenir auprès d’une comparse de longue date : la flûtiste Nicole Mitchell. A leurs côtés se tiennent le batteur Hamid Drake et le platiniste Matthew Wright (également en charge d’échantillonner des extraits de leurs concerts), qui avaient déjà collaboré avec lui. Vient compléter le tableau un harpiste en la personne de Rhodri Davis. Comme à son habitude, le pianiste anglais signe la quasi-totalité des compositions en veillant à répartir les rôles de chacun, chacune et à pondérer leurs interventions respectives. Sur « Mirror No Border », c’est le groupe au complet qui est à l’initiative tandis qu’en clôture « Coda over the fence » apparaît comme une jam improvisée que co-signent Hawkins avec Drake et Mitchell mais dont la mise en forme finale en studio révèle la patte de Wright. Un morceau étonnant, unique dans le répertoire d’Hawkins, sonnant très seventies et qui fait écho, malgré lui, au Philadelphia Sound. « No Nation but Imagination » – on relèvera le jeu de mots fort à propos – est un disque où la joie infuse finit par percoler. Celle de jouer, celle de chanter. Celle où le tandem Hawkins/Mitchell donne le meilleur de ce qu’il peut donner. Assurément un disque de lumière et de printemps.
