Écouter le vivant au Festival des nuits et des jours de Querbes du 31 juillet au 2 août 2026 #1

Écouter le vivant au Festival des nuits et des jours de Querbes du 31 juillet au 2 août 2026 #1

Inauguration du festival © Claire Ruwet

Un festival de jazz particulier

Entre l’Aveyron et le Lot coule le Lot. Cette année encore, la merveilleuse équipe de bénévoles rassemblée autour de David Bedel accueillait JazzMania à ce festival qui associe jazz, littérature et arts vivants. Il ne se passe pas dans le village de Querbes, mais à Capdenac-Gare et dans 2 villes environnantes. Une année charnière puisque Jean-Paul Oddos, le président fondateur, a cédé la place à quatre coprésidents : Franck Mahé, Léna Oddos, Pierre Leroux et Mathilde Adler. Le vivant, centre d’intérêt du festival cette année, attendait impatiemment la pluie. Soleil radieux. Pas une goutte.

La transmission de flambeau et la collaboration entre les bénévoles anciens et la génération des jeunes sont excellentes. Nous avons apprécié l’accueil chaleureux et la convivialité autour de sains et délicieux repas partagés avec tous : artistes, public, organisateurs, bénévoles. Je vous recommande de venir l’été prochain en Occitanie fêter les 30 ans du plus petit des grands festivals !

Jazz

Les concerts du vendredi 31 juillet ont lieu dans la Halle (participation libre !) après l’émouvante lecture du discours du chef indien Seattle. Ma plus belle découverte jazzistique est Moustik Haterz qui ouvre la soirée dans l’horizontalité et la complicité : pas de leader. Dans ce groupe, 5 jeunes musiciens inventifs co-construisent, co-improvisent. Chacun s’adresse à nous à tour de rôle pour présenter ses compositions.

Né à Grenoble, le quintet compte trois filles (Béryl Benveniste au saxophone soprano mâtiné d’effets électros, Lalie Michalon à la batterie, Tévy Pigeon à la basse) et deux garçons (Esteban Virot-Galena au saxophone, Tristan Maurin aux claviers). Ils nous offrent un jazz hybride entre racines orientales, d’Europe de l’Est, ou électro. Équilibre parfait entre musicalité et harmonies improbables, rythmes planants ou endiablés, latins ou balkaniques. Nous sommes sans cesse surpris, tenus en haleine par l’évolution dynamique et participative du morceau.

Des titres aussi sensoriels que leur musique touchante, pleine de nuances et de relief « Après le blue », « Rhubarbe » « Curcuma » « Housse de couette »… Ils sont déjà lauréats du jazz migration 2026 et prix du jury du Defense Jazz Festival 2025 même s’il n’y a pas encore de disque. À suivre absolument !

Je vous renvoie à la chronique de Claudy Jalet pour Gabriel Delmas trio featuring Gaël Horellou et leur album énergique et vintage, New Step, présenté intégralement en concert – https://jazzmania.be/gabriel-delmas-trio-gael-horellou-new-step/.

Le samedi 1er août, au parc de Capèle, la billetterie propose deux concerts sous chapiteau. Hugo Diaz quartet présente son premier album, Confluence, autour de la thématique de l’eau : « Rives et dérives », « Aller-retour aux sources »… Hugo Diaz, le leader au sax soprano laisse de la place à l’expression des solistes au piano (Alexandre Cohen), à la batterie (Luis Cohen) et à la contrebasse (Vladimir Torres) pour varier les plaisirs du public.

Avec « Aïgo », il convoque nos souvenirs de rivière au départ d’un solo de basse qui m’emporte et devient rythmique. Je quitte la sueur et la crème solaire qui coulent sur mes yeux pour rejoindre la fraîcheur du Bocq de mon enfance, les pierres glissantes, les sangsues et la vase, les libellules bleu métallique, le nid de la poule d’eau… Un concert tout en contrastes : des gémissements lointains du saxophone et envolées lunaires jusqu’au feu d’artifice d’une impro contemporaine portée par une batterie en folie et un walking de la basse. Le piano s’affole. Tout stoppe net, puis reprend.

ElliAVIR s’articule autour des compositions jazz de Lou Rivaille, de sa voix ample, souple et douce en scat − mes préférées par leur modernité et l’invitation à l’imaginaire −, en français ou en anglais. Son répertoire mélange le premier album Rewind (2023 Kyudo records) et celui à venir. Symbiose du chant, avec les notes feutrées et arabisantes du trompettiste Remi Flambard, la contrebasse de Cyril Billot, la batterie de Maxime Mary, le piano de Christophe Waldner. Une brochette d’excellents musiciens.

Ils nous entraînent dans un voyage onirique dans les paysages bretons de ses origines, les alpages de Savoie… Elle nous touche en dédiant un morceau à sa maman qu’elle ne voit pas assez souvent, où à son grand-père qui perd la mémoire. « Once upon a land » presque chuchoté est dédicacé aux Palestiniens tandis qu’un bébé qui pleure dans le public convoque les 21.500 enfants tués de 2023 au 6 juin 2025, à Gaza. Sans compter les enfants blessés et dénutris. Ici, le jazz a un visage et une voix de femme. Le public exprime son soutien inconditionnel dans des applaudissements interminables et obtient un dernier morceau. À suivre donc la sortie des prochains disques de Lou Rivaille, dont une collaboration avec Hugo Diaz.

Grand orphéon et orchestre national de Querbes © Claire Ruwet

Le dimanche 2 août, après avoir suivi un stage de 4 jours, 40 musiciens amateurs rejoignent le Grand Orphéon pour un concert de clôture, dont l’interprétation de la samba composée par Jean-Luc Amestoy est le clou.

Smoky Boat © Claire Ruwet

En dehors de Capdenac-gare, le festival, en partenariat avec les deux villes proches, propose deux concerts en plein air gratuits. J’ai la chance d’assister celui du mardi 4 août, dans l’écrin du cœur historique moyenâgeux de Figeas. Gradin comble. Il faut rajouter des chaises ! Plus de 600 personnes pour écouter Smoky Boat. La chanteuse Nancy Legki chauffe à la flamme la peau de son tambourin sans grelot ou ponctue du tintement des cymbales de doigts (sagattes) ces mélodies traditionnelles. Le répertoire couvre des musiques orientales, tziganes à celles issues des Balkans, de Grèce du Nord, de Macédoine, de Bulgarie, de Turquie, du Kurdistan, d’Asie Mineure… Du rébétiko aussi, genre populaire créé par les réfugiés à Athènes vers 1920. Ses complices : Philippe Gilet (saz/oud), Paul Balas (accordéon) et Pascal Demonsant (clarinette et cl. basse) métissent la musique. Ils habillent ces rythmes à 9 temps qu’elle nous apprend à battre. Sa voix chaude et profonde déploie un souffle et une souplesse incroyable pour ornementer son chant de toutes ces inflexions orientales. Elle chante assise, les mains ouvertes et les yeux fermés, des mots qui font danser, pleurer un amour ou nous expriment la nécessité de partir pour survivre. Nancy Legki crée un lien fort avec le public enthousiaste et se réjouit des enfants qui dansent.

Claire Ruwet