Écouter le vivant au Festival des nuits et des jours de Querbes du 31 juillet au 2 août 2026 – #2  (littérature et spectacles vivants)

Écouter le vivant au Festival des nuits et des jours de Querbes du 31 juillet au 2 août 2026 – #2  (littérature et spectacles vivants)

Cette année encore, la merveilleuse équipe de ce festival qui associe jazz, littérature et arts vivants accueillait JazzMania à Capdenac-Gare, en Aveyron. Voici la suite (et la fin) du reportage de Claire Ruwet.

Lecture au kiosque © Claire Ruwet

Cette année encore, la merveilleuse équipe de ce festival qui associe jazz, littérature et arts vivants accueillait JazzMania à Capdenac-Gare, en Aveyron. Voici la suite (et la fin) du reportage de Claire Ruwet.

Littérature

Jean-Paul Oddos a gardé la responsabilité de l’organisation avec son comité de lecteur des rencontres et des lectures littéraires qui cette année s’articulent autour de la thématique « Écouter le vivant » avec trois livres et trois auteurs : Clara Arnaud, Paola Pigani et Alexandre Lenot. Ce dernier remplace les deux autres autrices annoncées qui n’ont pu être présentes (Juliette Rousseau et Pauline Peyrade). Leurs livres étaient néanmoins disponibles dans la librairie en plein air du festival et j’ai eu l’heureuse surprise d’y trouver le mien, « Résister en voix jazz ». En tant que passionnée des mots, j’ai apprécié, en plus de la musique, de rencontrer ces écrivains et d’écouter les lectures de leurs romans.

L’écriture vibrante, très sensorielle de Clara Arnaud s’inspire d’abord de ses nombreux voyages avec des chevaux en montagne (Europe, Asie centrale et Chine) et de son expérience de vie, entre autres dans les Pyrénées en Ariège, où elle habite actuellement. « Et vous passerez comme des vents fous », Actes Sud, 2023, questionne le rapport entre le sauvage et l’humain avec la réintroduction de l’ours brun sans parti pris. La littérature du vivant, pour elle, c’est articuler des histoires dans lesquelles l’humanité est au même niveau que d’autres entités : les roches, le ciel, le vent, la flore, la faune, les nuages. Sa littérature synthétise la poésie, la politique, les sciences (elle se documente) et le plaisir d’exister au monde.

L’écriture tendre et poétique de Paola Pigani raconte avec un point de vue d’enfant et d’adolescente, la vie quotidienne et la survie dans une ferme de Charente avec ses parents d’origine italienne (« Des orties et des hommes », Liana Lévi, 2020). Coïncidence, ses grands-parents avaient émigré d’abord en Belgique dans le village voisin du mien… Si Paola Pigani a choisi de vivre dans une grande ville à Lyon, elle raconte à travers ce roman autobiographique le remembrement agricole, la sécheresse de 1976, les fermes désertées…

« Écorces Vives », Actes Sud, 2018, paru dans la collection de polars Babel Noir, est un roman choral d’Alexandre Lenot. Un chant apparenté à une litanie de chagrin de personnages écorchés dans un village du Cantal, où les services à la population, de transport en commun, de santé et d’éducation sont démantelés les uns après les autres et où les rumeurs et rancœurs enflent. Né à Washington, vivant à Paris, Alexandre Lenot écrit des scénarios pour l’audiovisuel et est journaliste musical.

Les lecteurs © Claire Ruwet

Spectacles vivants

Parmi ce programme foisonnant pour tous les publics, je voudrais encore vous parler de ma découverte au café littéraire du géographe anarchiste Élysée Reclus, géographe et précurseur de l’écologie et de magnifiques lectures à 4 voix de son « Histoire d’un ruisseau » et de « Le gang de la clé à molette » d’Eward Abbey par 4 comédiens : Noëlle Miral, François Cancetti, Jean-Luc Debattice et Olivia Galindo.

Et aussi de la poésie des Mandadors et surtout d’Etrange.R, un duo de la Cie Terre à plume. Lucas Mareuil et Chloé Boni, partenaires dans la vie et sur scène de cette rencontre des corps, évoluent entre les mots, le silence, la musique, la danse contemporaine, la performance et le cirque.

Vous parler de ces paysages jaunis par la sécheresse, de ces cités de pierre perchées sur les rives qui interpellent sur l’apogée et le déclin des civilisations. « Vous appartenez à la terre. Elle ne vous appartient pas », disait Seattle. Canicule, ruisseaux à sec, récoltes compromises, feux dans toute l’Europe et dans les Fagnes, dont la fumée m’oblige aujourd’hui à rester confinée, confirment la pertinence de ce festival consacré à écouter la souffrance et la beauté du vivant. C’est urgent de donner priorité à l’eau, à la terre et l’air, nécessaires à tout ce qui vit : plantes, animaux, humains. C’est essentiel de financer la culture émergente plutôt que les armes.

Claire Ruwet