Gwen Cahue : Mosaïque
Après l’excellent « Margin Call » en quartet, déjà chroniqué dans ces pages, et « Storyboard » en duo, le guitariste breton Gwen Cahue propose un nouvel album tout acoustique – son cinquième – intitulé « Mosaïque », enregistré cette fois en trio avec un guitariste rythmique et une contrebasse (deux sections rythmiques différentes ont été utilisées au fil des plages). Ce qui demeure inchangé, c’est l’approche du leader toujours en équilibre entre l’héritage de Django Reinhardt et d’autres influences relevant d’un jazz plus classique. Le programme de douze titres mêle ainsi le jazz manouche à des reprises de standards tels que « Body and Soul », « The Peacocks » de Jimmy Rowles et « In Walked Bud » de Thelonious Monk.
Gwen Cahue a enregistré avec une réplique Favino fabriquée par le luthier Matthieu Richard, basé à Nantes. Captée avec beaucoup de finesse, la guitare a un son boisé tandis que la résonnance des cordes fait vibrer l’auditeur. La séparation des instruments est également remarquable, mettant en valeur les solos qui se détachent avec une grande clarté. La virtuosité du leader est certes très apparente sur certains morceaux, notamment sur « Mosaïque » ou sur « Stochelo Express » dédié au grand guitariste de jazz manouche Stochelo Rosenberg, mais l’essentiel est ailleurs : dans la musicalité, l’attaque et la précision du jeu de Gwen Cahue ainsi que dans la beauté du son de son instrument. Le leader se révèle en outre un compositeur de thèmes brillants comme en témoignent « Tourbilllonne », « Minuit sous le soleil », « Temps calme » ou « Echo du large » qui offrent une belle diversité narrative. Louvoyant à sa guise entre les racines manouches de son instrument et une modernité enivrante, Gwen Cahue signe un album de jazz européen qui confine à la perfection.