Shadowlands: Two Minds
Lorsqu’on évoque la musique traditionnelle irlandaise, ce qui nous (me) vient à l’esprit, c’est la réunion de quelques musiciens qui jouent, assis dans un pub, des musiques entrainantes, dansantes, avec des refrains à reprendre en chœur. Mais il existe aussi beaucoup de chansons plus retenues, plus contemplatives, plus tristes aussi. Ces dernières sont avant tout porteuses d’images qui nous font penser à la lande irlandaise, aux sols marécageux, à l’océan si proche. Ou sont évocatrices de mystères celtiques, de visions ténébreuses. C’est dans cet esprit que la musique jouée par Shadowlands s’inscrit. Le groupe, dont c’est le second album, est composé de la chanteuse irlandaise Lauren Kinsella, du saxophoniste et clarinettiste français Robin Fincker et du pianiste, organiste anglais Kit Downes. Ils reprennent quelques chansons traditionnelles irlandaises, une œuvre de Maurice Ravel (« Sainte »), qu’ils incluent à leurs propres compositions. Délivrant une musique mélancolique qui allie le folk ancien, le jazz ainsi que l’improvisation. Une musique entre passé et contemporain, sur laquelle Lauren chante des textes poétiques issus de la plume d’Emily Dickinson, de Stéphane Mallarmé, de l’autrice contemporaine Elaine Gaston, d’auteurs irlandais… Les deux musiciens jouent de légères mélodies, activent des souffles, des sons bruitistes, des pointes de drones. Provoquant la rencontre entre la poésie essentiellement d’antan et une musique d’improvisation fluide, parfois dense. Réalisant un écart entre la voix douce, flottante de Lauren et les sons cuivrés assez graves du saxophone. Le piano délivre des notes claires. Elles soutiennent, jouxtent la belle voix féminine qui chante parfois en gaélique. Nous impressionnant encore plus, malgré le peu de moyens sonores qu’utilise le trio, mais réussissant de beaux jeux de rebonds entre une superbe voix et de sensibles instrumentistes. Shadowlands délivre une musique intemporelle, aérienne, qui nous porte au-dessus de paysages que notre imagination voit comme une nature sauvage, avec des collines vertes, des étendues d’eau, des murs de pierre… Il nous est conseillé d’écouter cette musique dès l’aube, quand la clarté et la mélodie se confondent. J’ai joué le jeu en l’écoutant dès 7h30. Ce fut en effet reposant, même si des accents free, si tôt, cela coinçait un peu ! Les écoutes suivantes m’ont confirmé que cette musique intemporelle, originale, atmosphérique, se faisait de plus en plus belle et chaleureuse avec le temps. Le genre d’album vers lequel on sait qu’on retournera !