Hedvig Mollestad Weejuns : Bitches Blues
C’est dans le chaos le plus expérimental que démarre ce deuxième album de Weejuns, l’un des deux trios (avec HM3) au sein desquels évolue la guitariste norvégienne Hedvig Mollestad Thomassen. Après quelques minutes de divagations sonores, le batteur (Ole Mofjell) reprend les rênes de la composition en lui imprimant un tempo rock puissant suivi aveuglément par la guitare, tandis que le synthé (Ståle Storløkken, membre de l’impeccable Elephant9) tente de bousculer les codes en saupoudrant le morceau de sonorités psychédéliques. Le ton est-il donné ? Pas vraiment, « Bitches Blues » est un album qui éclaire l’auditeur depuis une boule à facettes. Le ressenti dépend de l’angle d’écoute. « Kompet Blir » délaisse l’énergie brute au profit de la recherche. Celle subsidiée par un orgue floydien (période pré- « Atom Heart Mother »), bientôt rejoint par la guitare aérienne de Mollestad. Avec son arpège délicat (si si…) et ses notes de synthé fragiles (si si…), « For a Moment I Thought I Could Hear You » résonne à nos oreilles comme un interlude dédié au rock progressif. On pense à ce moment-là qu’on ne perd rien pour attendre. Pourtant, c’est à peu près dans le même état d’esprit qu’évolue « Limite ». La Gibson ES-335 blonde de Mollestad gémit lentement. Terje Rypdal (qui a collaboré avec Storløkken) ne se trouve qu’à une poignée de pédales d’effets. Hedvig va craquer… C’est sûr ! Le rock et les saturations reviendront à un moment ou à un autre. En fait, pas de suite. Dans sa première partie, « Dynamax » est un pur descendant du krautrock millésimé 70’s. Un bel exemple d’improvisation que la guitare détruira plus tard avec un tempo mécanique endiablé. OK, nous avons notre compte d’émotions, la tension peut redescendre. « Recollection of Sorrow », en clôture, nous y aidera. Caressant ou rêche, « Bitches Blues » est un album passionnant qui cultive le passé et récolte le futur.
