Jim Black & the Schrimps : Better You Don’t
Il semblerait que, dans le feu de la créativité spontanée avec ses compagnons, le batteur Jim Black a eu l’idée, à postériori, d’écrire des paroles sur les musiques composées pour cet album. En effet, elles figurent dans le livret, mais elles n’ont pas été chantées. A l’auditeur d’oser y aller. Avec ce douzième album (AlasNoAxis, Trio, Human Feel) et son groupe « européen » The Schrimps, fondé en 2022, Jim Black trouve, une fois de plus, l’équilibre entre les tensions rythmiques, les riffs « rock » et les libertés harmoniques d’un jazz très contemporain. Dès l’entame (« The Sheila »), le groupe balance avec énergie un groove irrésistible. La basse de Felix Henkelhausen emboite le pas alerte du batteur que rejoignent rapidement, tout en croisements de saxes alto et ténor, Asger Nissen et Julius Gawlik. Et la suite est du même acabit, explosif et furieux. Dans cet espace de liberté se dessinent des mélodies anguleuses que le quartette aime remodeler et perturber. Sur les thèmes plus calmes (« Only Sleep ») voire plus intimistes (« Ok Yrself »), le drummer distribue avec subtilité les caresses sur les cymbales et les peaux. Les cuivres peuvent alors improviser façon musique de chambre très nuancée. Le ton est bien plus rocailleux et incisif ailleurs, comme sur « Cane Di Male » ou « Backtracks », et même explosé sur « Actually Probably Matters ». « Better You Don’t » réveille les sens. Un album dense, percutant et puissant comme on les aime chez Jim Black. Un album qui parle du monde, de révoltes ou de culpabilité. Avec ou sans paroles.
