Jon Henriksson : Shapeshifter

Jon Henriksson : Shapeshifter

April Records

Avec son nouvel album, le contrebassiste suédois Jon Henriksson s’impose comme un créateur d’une profonde subtilité. Pour l’occasion, il s’est entouré d’un quartet de base constitué du saxophoniste ténor Karl-Martin Almqvist, du pianiste Rasmus Sørensen et du batteur Jonas Bäckman. Le guitariste Pelle von Bülow et le tromboniste Rasmus Holm font également partie de l’aventure en tant que musiciens invités. À la lecture du communiqué de presse, on découvre que ces concepts clés et ces points d’ancrage s’articulent autour de l’action et de la réaction, associés à une bonne dose d’intuition. De l’album se dégage une mélodie entraînante qui s’inscrit clairement dans cette démarche, songeons, par exemple, au morceau d’ouverture « Toninho ». Il s’agit d’ailleurs du seul morceau où l’on entend des chants a cappella. Imaginez un instant le croisement entre Burt Bacharach et Sergio Mendes & Brasil ’66, agrémenté de solos de saxophoniste, de pianiste et de tromboniste. Le morceau titre constitue la bande-son idéale pour flâner tranquillement, avec en fond sonore les rêveries « downtempo » qui émanent doucement du quatuor et un saxophoniste qui capte toute l’attention. « Grönbete » marque le moment où l’on adopte ouvertement un swing jazz élégamment orchestré. Des solos savamment distillés du guitariste, du saxophoniste et du tromboniste viennent apporter davantage de caractère et d’audace. Après un bref interlude (« Saga Nomri Ngen »), on revient à un swing mélodieux. Le guitariste et le saxophoniste nous offrent à nouveau une atmosphère feutrée (« Monkurt »), à laquelle la ballade « Olikheter » s’enchaîne parfaitement. Avec le morceau « Chime Blues », le suspense monte d’un cran. Nos musiciens bouclent ensuite cet opus en toute sérénité (« Ses vid horisonten »). Jon Henriksson est assurément un « métamorphe » qui ose les métamorphoses radicales et les dissonances inattendues. Il opte principalement pour une esthétique destinée aux meilleurs clubs de jazz qui restent ouverts jusque tard dans la nuit.

Une collaboration Jazz’halo / JazzMania

Georges Tonla Briquet – Traduction libre : Alain Graff