Julien Dubois – Le JarDin : Le Soi et l’Autre

Julien Dubois – Le JarDin : Le Soi et l’Autre

Déluge / Socadisc

Après un premier album paru en 2019, le talentueux saxophoniste alto français nous propose un nouvel album à la démarche relativement intellectuelle. Il aime approcher la musique / le jazz d’une manière philosophique. A cette fin, il a effectué des recherches sur divers sujets tels que l’empathie, l’inclusion, la relation avec l’autre. D’où le titre général. Il convoque dans ses dix compositions (pour 60 minutes) Copernic, Anticythère et sa machine mystérieuse et Marx. C’est vous dire l’éventail de ses inspirations, de ses influences. Le jazz qu’il a composé se veut fougueux, free, imaginatif, subtil. Il lui intègre parfois des approches à la limite de la musique de chambre voire du classique contemporain. Approches dues à la présence de la violoniste Alba Obert. Le lyrisme de son instrument et la façon dont elle le fait parfois virevolter imprime cette touche classique. Que renforce à ces occasions le piano de Maïlys Maronne. Cette dernière joue aussi du synthétiseur et le groupe est complété par Jean-Luc Lehr à la basse électrique et par Maxime Zampieri à la batterie. La saxophoniste ténor, suisse – américaine, Maria Grand jouant l’invitée de marque sur deux titres. Cette musique dédiée au jazz moderne accepte aussi quelques sonorités électroniques, un peu de rock mais assez fidèle à l’approche d’un Frank Zappa et de ses délires par exemple. Tous ces musiciens, ce petit ensemble, rendent certaines plages vraiment captivantes, intenses. Je pense avant tout à ce morceau « L’histoire du clou » qui rend hommage au clou d’antan : irrégulier râpeux, imparfaitement unique en comparaison avec le clou de l’ère industrielle et des machines qui les façonnent ! Et la musique de cet ensemble fait corps avec ce clou ancestral ! En union ou en tant que soliste. Chaque musicien bénéficie d’espaces pour se mettre en évidence, parfois ce sont des duos qui impriment certains passages avant que tous ne se retrouvent en belle symbiose. Quelques noms me sont passés en tête lors de diverses interventions en solo : Jean-Luc Ponty, Steve Coleman, mais je pense que ce qu’il faut retenir de ce jazz c’est qu’il sait se faire mélodique, virtuose, varié, recherché et souvent pourvoyeur de remarquables univers. Imagés, suivant les inspirations de son leader. Une belle et originale découverte.

Claudy Jalet