
Keith Jarrett : Budapest Concert
Bientôt cinquante ans que le premier album solo du pianiste américain est sorti (« Facing You » en 1972), une galette déjà encensée à l’époque. Un disque de pièces courtes mais d’une densité déjà exceptionnelle. Suit « Solo Concerts Bremen/Lausanne » en 1973, et le mythique « Köln Concert » de 1975. Depuis, on ne compte plus les témoignages de concerts en solo tous aussi brillants les uns que les autres. Les dernières nouvelles du pianiste – il déclarait il y a peu avoir été victime d’un double avc – font craindre qu’il ne se produira plus en public. Mais sûr que Manfred Eicher a encore en réserve quelques moments rares à partager. Après son dernier concert en solo à Bruxelles – c’était le soir du massacre au Bataclan, relire le compte-rendu de l’époque -, je m’étais juré, et je n’étais pas le seul, qu’on ne m’y reprendrait plus, KJ ayant émaillé sa prestation de commentaires/interruptions peu amènes. Alors, restent les précieuses galettes ECM, et là on n’est jamais déçu. Déjà l’album solo « Münich 2016 » est considéré comme un des tout grands concerts du pianiste et ce « Budapest Concert » enregistré quelques semaines plus tôt est de la même veine, riche et inspiré. Comme à Münich, une longue suite improvisée en douze mouvements variés allant de la ballade à la polyrythmie effrénée en passant par le blues. Et en rappel, deux standards aussi présents sur l’album münichois, tout aussi tendres et profonds. « Answer Me, My Love » est une vraie merveille. Le fan se plaira à comparer les deux performances, mais on peut se contenter de se délecter des beaux moments de ce concert hongrois pendant lequel Jarrett rappellera ses origines magyares et son penchant pour Bela Bartok.
Jean-Pierre Goffin