Mats Gustafsson / Kimmo Pohjonen : Two Balls Are Enough
La photographie de la pochette dévoile un terrain de tennis abandonné dans le treillis duquel sont venus se loger des balles dont le caoutchouc s’effrite. Echo de matchs anciens qui se sont tenus à cet endroit dorénavant gagné par la végétation. Peut-être pourrait-on y voir une allusion à la vanité illusoire que les compétitions charrient dans leur sillage… ? Mats Gustafsson et Kimmo Pohjonen n’entendent pas se livrer un duel. Tout semble ici paré pour l’unité tandis que la confrontation a tout de fraternelle. Et ce n’est pas au tennis qu’ils lancent une accolade, mais au hockey sur glace, sport populaire dans leurs contrées respectives. Mats Gustafsson n’est plus à présenter. Le saxophoniste/clarinettiste/flûtiste suédois a tellement multiplié les collaborations au cours des décennies qu’il serait vain d’en dresser l’inventaire tentaculaire. Pour sa part, l’accordéoniste finlandais Kimmo Pohjonen s’est fait connaître en trafiquant et en modifiant ses accordéons, les faisant sonner d’une façon singulière. Il a joué e.a. avec le Kronos Quartet mais aussi avec des figures importantes de la scène folk de son pays tel Heikki Laitinen. Ce disque est, à ma connaissance, leur premier ensemble. Neuf compositions sur lesquelles Gustafsson déploie à la fois son sax à coulisse, son ténor, son baryton, son sax basse, sa clarinette, ses flûtes, son harmonica, un orgue et moult renfort d’électroniques tandis que Phojonen s’en tient à son accordéon électro-acoustique et à sa voix. Le mélange est saisissant. Des sonorités jaillissent, partent, éclatent dans tous les sens. On y décèle des télescopages orientalisants involontaires, des fractures rythmiques, des cassures mélodiques. On y mesure le souffle puissant de Gustafsson qui vient se confronter à celui propulsé par les soufflets de l’accordéon. Il faut attendre le dernier morceau, « Backengrillen 1 », pour que la fureur s’estompe et que l’accordéon puisse livrer toutes ses tonalités naturelles. Lancer frappé !