Nicols – Mitchell – Al Sultani : Immersion
Discus nous fait encore une fois parvenir un CD parfaitement inclassable. Déjà de par la composition du trio : deux chanteuses et un chanteur pianiste ! Petite présentation des artistes. Maggie Nicols s’est fait connaitre au sein de la communauté européenne d’improvisation dès la fin des années soixante en intégrant le Spontaneous Music Ensemble. Elle est également la co-fondatrice du Feminist Impovising Group, artiste plasticienne, danseuse et gère des workshops. Robert Mitchell est un professeur de piano spécialisé dans le jazz, il a publié seize albums, trois livres de poèmes sur Little Black Book qu’il dirige et joue dans plusieurs groupes (Panacea, True Think…). Alya Al-Sultani est une soprano dramatique qui vient de l’opéra de Basrah en Irak. Portée sur le chant improvisé, mais aussi sur les poètes arabes, elle a découvert les poèmes de Mitchell alors qu’elle enregistrait l’album « Free, Free » avec Maggie Nicols. A la suite de ces rencontres est venue l’idée de former le trio qui nous intéresse. Sur l’accompagnement du seul piano, les trois chanteurs, même si ce sont principalement les voix féminines qui obtiennent le lead, vont « chanter – s’époumoner- dire – lire » dix poèmes écrits par Robert Mitchell. Parfois il y a du Wim Mertens (« Immersion 1 »), un piano solennel avec deux vocalistes, mais là c’est quand le trio se veut bien accessible. La plupart du temps, nous serons confrontés à des échanges de cris, de halètements, de rires, de voix assez énervées, méchantes, déformées et dénaturées naturellement, à l’avant sonore d’un piano agissant souvent dans la légèreté. Les voix semblent libres d’agir selon leurs désirs, chaque chanteuse se veut comme une soliste, libre de son option. Puis elles se retrouvent, en symbiose, sur le poème. Elles évoluent alors en duo puis s’éloignent à nouveau l’une de l’autre (« Let The Light In »). Elles lisent, récitent des spoken words. Mais pendant qu’une récite, l’autre improvise des vocalises puis on change les rôles. Les voix sont poussées parfois dans les sonorités extrêmes, au point qu’il nous semble percevoir le son d’un saxophone bien free au sein d’ « Inner Sanctum ». A contrario, sur le très beau « Soul Speak » c’est l’apaisement qui est convié. La lecture est mise en évidence tandis qu’un chant uniforme la soutient. Ecouter cet album relève du fait de vivre une expérience unique. Un voyage inédit au sein de performances vocales sensibles, excessives ou passionnées. Sans trop jouer les comparaisons disons qu’il y a ici un peu de Bjork et de Camille. Mais avec parcimonie. Une qui aurait pu les joindre et s’éclater avec elles, c’est Yoko Ono ! Vous comprendrez peut-être mieux maintenant les délires vocaux, sur un accompagnement dénudé, contemporain, qui vont vous hanter pendant 40 minutes ! Déroutant parce que « autre ».
