Quagmire & Christer Bothén : Rörane
La figure de Christer Bothén n’est pas inconnue pour ceux qui s’intéressent au jazz suédois. Ce vénérable clarinettiste (clarinette basse et clarinette contrebasse) – quatre-vingt-cinq ans dans quelques semaines – a vécu au Mali au début des années septante où il a appris le donso n’goni (instrument tenant à la fois de la harpe et du luth) pour ensuite étudier la musique gnawa au Maroc. Il a joué aux côtés de Don Cherry dans les années septante, fondé son propre groupe, Bolon Bata, à l’entame des années quatre-vingt. Plus tard, on le verra collaborer entre autres avec Mats Gustafsson et avec la performeuse Sara Lundén. Sur cet album, il rejoint Quagmire, un trio qui réunit pour l’occasion la contrebassiste Nina de Heney, le batteur Henrik Wartel, et la pianiste Karin Johansson. Nous vous avions relaté le travail onirique de cette dernière avec la compositrice Rosanna Gunnarsson et, plus récemment, avec le guitariste Nils Wohlrabe. On navigue peu ou prou dans les mêmes courants ascendants et descendants. Une musique qui procède par affleurements, affouillements. Une musique liquide où on se laisse volontiers porter par la fluidité des sons. Le disque s’ouvre sur une très longue plage qui s’étend sur près d’une vingtaine de minutes, ponctuée de reflux et de silences. Quatre autres pièces suivent et prolongent, appuient ces contours pour mieux les souligner. Des sons qui disent ce que ces lieux de Suède (Bottna, Tyfta, Rödde…) voudraient nous dire s’ils pouvaient parler.
