Russ Lossing : Proximity Alert
Encore un disque qui va à (ou, vient de) l’essentiel du jazz. Quoique, « encore un », est un peu erroné car ils ne sont pas si nombreux que cela, ces disques. Le pianiste Russ Lossing a participé à de nombreux projets, tant en leader qu’en sideman (Jeff Davis, Tony Malaby, Loren Stillman, Paul Motian, Michael Bates et autre Samuel Blaser…). Pour « Proximity Alert », il est revenu à la formule trio en s’acoquinant avec Mark Helias (cb) et Eric McPherson (dm).
Les idées et les axes proposés par Lossing sont toujours surprenants et singuliers. Il maîtrise sa signature, son tempo intérieur, ses harmonies particulières. Plutôt que de les imposer à ses compagnons, il les partage spontanément et sans répétitions préalables. C’est un jazz sans filet qui se joue à l’intelligence de l’instinct.
« Incommunicado », titre contrepied et clin-d ’œil qui ouvre l’album, en est le parfait exemple. Le trio saute dans le vide et, sur un battement obsédant de batterie, se cherche un peu, puis trouve rapidement d’innombrables solutions. A partir de là, tout est possible et tout devient terriblement excitant (si tant est que l’on veuille bien écouter et se laisser entraîner sans appréhensions).
Le trio explore alors, sur les dix titres suivants, un jazz très contemporain allant de la frénésie, sous-tendue par une pulsation post-bop (« Proximity Alert », « Rythmique »), au jazz avant-gardiste (« Sequenza », « Emphasis My Own » au drumming erratique et où l’archet ajoute de l’inconfort au mystère), en passant par un jazz plus méditatif (« Apostrophe », « Lamento », « Silent Alarm »). L’articulation de Russ Lossing est précise, le jeu inventif et le phrasé inattendu. Tout reste toujours très ouvert et, comme il le dit dans les liner-notes : « c’est une musique complexe sans être pour autant complexe ni hermétique ». Elle en devient vite ensorcelante.
« Proximity Alert » propose un jazz aventureux qui laisse émerger toutes les émotions, les incompréhensions et les frictions qui, finalement, libèrent de tout.
