Sapocaya : Elementos
Revenir à la base, à l’essentiel, aux fondamentaux. En tout cas, ne jamais oublier les quatre éléments : la terre, l’air, le feu, l’eau. Est-ce parce qu’ils viennent d’Amérique du Sud (en partie), là où le climatiseur naturel de la planète est menacé, que Sapocaya nous rappelle et nous alerte sur l’utilité vitale de ces fondations ? Créé il y a quelques années par Jamayê Viveiros (tp) et Tristan Boulanger (perc), l’ensemble franco-brésilien (ils sont entre 9 et 12) nous fait faire un tour de globe en quatre tableaux de trois mouvements, tour à tour joyeux, inquiet, fougueux ou lyrique. Sapocaya fusionne le jazz latino avec la funk, la pop, l’afro beat, le batucada ou la bossa avec aisance. Tous les morceaux d’« Elementos », s’enchaînent naturellement. Le disque est un parcours initiatique, un voyage poétique. De la terre, on retient les percussions, de « Raizes » à « Terremento » (Arlet Feuillard et le leader), poussées par les flûtes de Charlotte Isenmann et le soprano de Leo Morini, en mode staccato. Le vent se rappelle à Milton Nascimento et son « Milagre Dos Peixes » par le chant de Matu Miranda sur « Brisa ». Le feu crépite et danse sur le magnifique, excitant et indomptable « Inciêndo ». Et tout s’apaise avec l’eau et la voix de Thais Motta sur « Ribeirão». Sapocaya module à merveille les sentiments et les sensations. Les arrangements de cordes (oui, il y a aussi des cordes) et de cuivres sont aussi délicats que pertinents. Les mélodies, tantôt enlevées, tantôt atmosphériques, tantôt sensuelles, révèlent toujours quelques réminiscences optimistes. Cet album « concept » met habilement en valeur la richesse des musiques brésiliennes (de la désinvolture d’Hermeto Pascoal à la générosité de Baden Powell) et invite à nous aider à préserver notre bonne vieille terre souvent si malmenée.
