Stochelo et Mozes Rosenberg, Matheus Nicolaiewsky : The Chaplin Project
En voilà une belle idée aussi originale que séduisante : revisiter en mode manouche les musiques de Charlie Chaplin. Comme souvent, ce projet est né d’une rencontre fortuite. En 2013, après un concert de Stochelo Rosenberg à la Salle Pleyel, Michael Chaplin, fils aîné de Charlie, vient le féliciter et lui parle d’un documentaire consacré aux racines tziganes de son père auquel il lui propose de participer. Quelques années plus tard, lors d’une nouvelle rencontre aux Pays-Bas, émerge le fait que le célèbre acteur composait fréquemment les musiques de ses films, à commencer par « Les lumières de la ville » en 1931. Dès lors, une réinterprétation de l’œuvre musicale de Chaplin abordée dans une perspective manouche devenait une possibilité des plus enthousiasmantes. L’album réunit cinq compositions de Charlie Chaplin, réarrangées pour deux guitares — celles de Stochelo et de son frère Mozes Rosenberg — et la contrebasse du Brésilien Matheus Nicolaiewsky. La plus célèbre, « Smile », associée aux « Temps modernes », a été interprétée par de nombreux artistes, parmi lesquels Nat King Cole, Tony Bennett et Michael Jackson. Avec le concours du compositeur David Raksin, qui orchestra la mélodie de Chaplin, le thème est devenu au fil des ans une chanson entraînante et romantique qui est ici interprétée dans une version rappelant les plus beaux moments de Django Reinhardt. Les autres pièces de Chaplin sont « This Is My Song », issue de « La Comtesse de Hong Kong » et popularisée par Petula Clark ; « Limelight », thème des « Feux de la rampe » ; « Jazz », tiré de« Une journée de plaisir » ; et « Gypsy », extrait du « Dictateur », dont l’arrangement manouche est repris dans le film documentaire « Chaplin, Spirit of the Tramp », réalisé par Carmen Chaplin et produit par Michael. Stochelo et Mozes ont complété le programme par cinq compositions originales inspirées par l’univers musical et poétique de Charlie Chaplin, l’ensemble constituant un répertoire de quarante minutes de jazz manouche tout en swing et tendresse.
J’en ai profité pour revoir « Les Temps Modernes ». Dans la scène finale, quand Charlot part à pied sur la route vers une nouvelle vie, main dans la main avec sa compagne qui a l’air un peu maussade, il pointe les coins de sa bouche en l’exhortant à sourire. J’ai coupé le son original et mis à la place la version de « Smile » enregistrée par le trio : faut-il vraiment s’étonner que cette musique épouse parfaitement les images et amplifie le romantisme plein d’espoir de ce moment légendaire du cinéma ?