Vincent Sauve Trio : La mémoire du son / principes aléatoires
« Cette musique aléatoire dite musique d’état est une nouvelle tentative d’approche phénoménologique du va-et-vient entre le corps et l’esprit, un champ d’expression propice à la détente et à la justesse du mouvement ‘jeté’ du musicien ». Ainsi ramassée en une notice figurant sur la pochette intérieure, la démarche peut sembler intellectualisante, pour ne pas dire pédante, tandis que les annotations reprises dans le « livret d’indications » qui la prolonge requièrent une certaine connaissance de la musique écrite. A y écouter de plus près, on se rend compte qu’il n’en est rien. Le batteur français Vincent Sauve (Magic Malik, The Workshop) entreprend de parcourir les vastes terrains du son en empruntant des chemins de traverse, ceux qui ne sont pas nécessairement répertoriés, qui s’étendent en dehors des grands axes. Il les arpente aux côtés du pianiste Clément Merienne et du saxophoniste Sol Léna-Schroll. Sauve a composé les neuf pièces reprises ici, mais ses comparses les ont arrangées, mises en forme. Il s’agit d’un véritable travail collectif, où jouer ne peut s’envisager sans l’autre. Au fur et à mesure que progresse le disque, les notes semblent perdre le fil qu’elles semblaient suivre. On éprouve cette sensation que la musique devient de plus en plus aléatoire, indéterminée. On songe parfois à Morton Feldman, parfois à Olivier Messiaen. Pour autant, il y a quelque chose de très intérieur, d’intime, qui s’en dégage. Quelque chose que les mots restituent mal. On aimerait l’écouter live pour en saisir la pleine expérience, en mesurer l’empreinte authentique. Pour l’heure, ce disque nous apaise, loin du tumulte du monde.
