Your Brother’s Keeper & Gary Bartz : Where Rivers Meet

Your Brother’s Keeper & Gary Bartz : Where Rivers Meet

Brownswood / N.E.W.S

Si vous le voulez bien, nous allons d’abord remonter un tout petit peu le temps. 2018 : le nouveau jazz anglais a le vent en poupe. Déjà à l’initiative de Gilles Peterson, le patron du label Brownswood Recordings, et sous la direction artistique éclairée de Shabaka Hutchings, la compilation « We Out Here » réunit le gratin de cette jeunesse particulièrement talentueuse : Theon Cross, Moses Boyd, Kokoroko… Parmi eux figure également le groupe Maisha à la tête duquel on retrouve le batteur / producteur Jake Long. C’est auprès de lui que Peterson soumet l’idée de renforcer son groupe par la présence du saxophoniste américain mythique Gary Bartz le temps d’un concert qui aura lieu lors du prochain festival qui, aujourd’hui encore, porte le nom de la fameuse compilation « We Out Here ». En autres faits d’armes, Bartz a accompagné Miles lors du festival de l’île de Wight au mois d’août 1970. Plus tôt, il s’était produit aux côtés de Mingus, Dolphy, McCoy Tyner… Rien que des légendes ! Ceci avant de fonder son propre groupe Ntu Troop, toujours en activité.

A l’occasion du 20ième anniversaire de son label à tête chercheuse, Gilles Peterson a relancé Jake Long afin qu’il réactive cette association momentanée qui avait révélé une alchimie musicale forte entre le saxophoniste et la nouvelle génération de musiciens londoniens. Ce projet-ci naîtra sous le patronyme Your Brother’s Keeper qui rassemble, outre Long, Twm Dylan à la contrebasse, Ali MacSween aux claviers, Chelsea Carmichael au tenor, Axel Kaner-Lidström à la trompette, Tim Doyle aux percussions et, bien évidemment, en invité de luxe, Gary Bartz à l’alto et au soprano. Ensemble, ils ont confectionné ce « nouveau » nouveau jazz qui transcende le genre au départ d’un groove modal, de tapis sonores synthétiques et d’improvisations proches du psychédélisme. « Ground Loop » en particulier nous rappelle la quiétude positive d’un Matthew Halsall qui lui aussi a apporté sa pierre à l’édifice de ce nouveau jazz.

Enregistré il y a trois ans déjà, « Where Rivers Meet » pose un pont solide entre les générations et s’inscrit dans une démarche où « accueil » et « vision futuriste » ne sont pas de vains mots. Grincheux et conservateurs s’abstenir.

Yves Tassin