Yumi Ito : Lonely Island
Au cœur de l’hiver, janvier encore, l’hamamélis fleurit le premier. L’arbuste étale ses fins fils de lumière noués en écharpe sur ses branches.
Je respire la musique de Yumi Ito. Artiste complète. Piano – voix – parole et musique. Elle me conquiert par son appel qui semble venir d’Irlande et d’une autre mer (en fait, elle se présente comme Suisso-Polono-Japonaise et mène avec son groupe une carrière internationale).
Le dialogue triste entre son piano et le chant aérien du sixième morceau me relient à l’ami Serge, trop jeune pour être couché sur un lit en soins palliatifs. Je respire avec lui, à distance. Il me souffle l’instant présent. L’embranchement de l’instant. La saveur chaude du thé du matin. L’hamamélis jaune. Et le disque de Yumi Ito.
Je déplie les paroles en anglais, pour mieux comprendre les mots-plasticine de Yumi qui s’étirent en complainte. Étrangement, les paroles d’After the End » font écho à mon émotion : « Tell me. Quand nous arrivons à la fin, Qu’est-ce qui arrive après ? Dis-moi, est-ce que la lumière va juste s’éteindre ? Après ce que nous avons dit et fait Dis-moi, à quoi m’accrocher ? »
Fin octobre, nous surplombions ensemble la mer, insouciants.
Depuis le 5 février, l’ami nous a laissés définitivement sur notre « Lonely Island ». L’hamamélis se fane. Nous y sommes, « After the End ». Je me laisse bercer encore par le flux et le reflux des compositions de Yumi Ito, retour au piano et à la voix nue, à leurs improvisations fusionnelles et simultanées, enregistrées sans tricher.
À quoi s’accrocher après la fin ?
Aux paroles profondes et apaisantes de Yumi Ito : « Nous sommes juste « Stardust Crystals », des grains de poussière d’étoiles, chacun différent et unique ». À sa poésie qui nous relie à la nature, au coucher du soleil, aux rochers massifs ou à un « Old Redwood Tree ». « We think we are the kings on earth while we destroy our own kingdom ».
À la solidité du piano. À sa voix, tantôt pleurs, tantôt rage, tantôt caresse. À ses envolées de scat : trouée vers le ciel ou dlelidelibelou rebondissant comme l’eau.
Chaque matin, dès que je pose mes pieds sur les semelles orthopédiques que l’ami m’avait prescrites, son sens du service, de l’écoute et du collectif m’anime. Il est présent sous la plante de mes pieds. Il me porte. Écouter la musique de la vie, avec sa femme, avec ses enfants. Malgré les larmes, danser encore, comme lui aimait danser et faire danser.
« I hear a whisper It is the leaves that are speaking to me It’s time to go. It’s time to explore ».
