Jeronimo : La difficulté des rêves
« Raid aérien » (2018) semblait marquer un tournant radical dans la carrière de Jérôme Mardaga, qui signait d’ailleurs ce disque sous son propre nom. Exit les petites merveilles pop burlesques-naïves de son pseudo Jeronimo dont il a annoncé plusieurs fois la fin de son existence. Près de huit ans plus tard, le chanteur liégeois enfile à nouveau la peau de ce personnage, mais en enregistrant pratiquement tout en solo. Pas d’ « éternel petit groupe » ici. Son chant, ses guitares et son clavier vintage, il les renforce (le son « Pornography » de Cure n’est jamais loin) avec l’aide du batteur Jérôme Danthinne, son complice dans le super-groupe The Lover Drones qui réunit également Benjamin Schoos, Bernard Mazet ou encore Brian Carney. Jeronimo, oui. Mais comme à l’époque du « Raid aérien », Jérôme balance son spleen entre un post-rock brutal et les ambiances glaciales de la bonne époque new-wave. Au-delà des atmosphères tourmentées, et même si ces huit nouvelles chansons cauchemardesques se caractérisent par leur noirceur (cf. le magnifique « Renards »), on adore les guitares qui résonnent comme du Chris Isaak (« Renards », « Le verre pilé sur les remparts », « Dans l’infini des premières fois »), ce qui démontre aussi un fameux savoir-faire.
Voilà, je vous laisse avec tout ce chaos sur les bras, un chaos dont j’apprécie davantage les secousses sonores au fil des écoutes. Dernière consigne : écoutez attentivement la « Chanson de fin » (en réponse à la chanson initiale du disque) qui nous plonge en plein paysage lynchéen : « Raconte-moi ce qui m’échappe / ce qui tremble, ce qui éclate / dans l’infini des premières fois. »
