Marcelo Dos Reis – Flora : Our Time
Ce remarquable guitariste portugais est considéré par certains comme l’un des maîtres européens de l’improvisation. Il enseigne son art au sein de l’Académie de Musique de Coimbra dont il est également le Directeur. Il a déjà publié de nombreux albums sous son nom ou avec d’autres musiciens et celui qui nous concerne actuellement est le second qu’il publie avec ce trio. Autour de sa guitare et de ses compositions, interviennent le contrebassiste Miguel Falcao et le batteur Luis Filipe Silva. Les cinq longues plages (nous sommes au-dessus d’une durée de cinquante minutes) ont été enregistrées en un seul jour, c’est dire l’immédiateté et l’urgence voulue par le guitariste. Mais prenons le temps de placer les ressentis qu’évoquent ce jazz de virtuose, ce jazz improvisé, qui ne refuse pas de nombreuses incursions dans le jazz-rock, le rock et même le rock progressif. Surtout quand Marcelo se met à nous jouer de longues suites, des déroulés de notes d’une manière très rapide, dense et même parfois « sauvage » comme en attestent des séquences au sein de « Bending Cycles ». L’album s’ouvre sur un puissant « Irreversible Light » qui rapidement évoque la guitare jazz-rock de Carlos Santana et parfois les rythmiques de son groupe. Le batteur continue son travail énergique sur « Thirteen Minutes » pendant que ses deux comparses propulsent l’intensité et un évident côté dramatique ! Le guitariste développe une mélodie assez touchante au sein d’ « After The Between (Tanger) » mais il est virtuose et aime à nous le prouver. Et si vous aimez les longs solos démonstratifs influencés par le jazz et le prog, ce titre est pour vous. La dernière plage « Now That We Know » (qu’il est un grand guitariste ? On peut s’essayer à dérider le lecteur parfois, non ?) se veut beaucoup plus complexe tout en assumant son jazz aux influences prog rock. J’avoue qu’une certaine lassitude s’est emparée de moi à force d’écouter ces longues minutes de démonstrations, cette technique sans faille, cette débauche de virtuosité. Après avoir écouté cet album trois fois, d’une seule traite, en une semaine, je l’ai rangé. Je suis revenu vers lui par la suite en écoutant les morceaux séparément, en prenant un peu de respiration entre les plages. Je l’ai ressenti plus chaleureux, mais j’avoue que tous ces élans d’habileté me motivent toujours aussi peu. Mais je suis certain que les fans de guitaristes d’un jazz complexe vont être subjugués.
