Thommy Andersson : Shimmering Blue
Connu pour sa participation au sein du New Jungle Orchestra du guitariste Pierre Dørge, le bassiste suédois Thommy Andersson sort son premier album personnel sur le label SteepleChase. Un disque très singulier enregistré sans batterie avec le cornettiste Kirk Knuffke (également crédité au trombone soprano) et José Davila, d’origine portoricaine, qui joue de divers instruments aux fréquences graves comme l’hélicon, le tuba, le didgeridoo, l’euphonium et la flûte basse. C’est donc un univers sonore très original qui est exploré ici. Toujours imprévisible et flamboyant, parfois à la frontière de l’avant-gardisme, le cornettiste américain impressionne par son jeu inventif qui oscille d’un lyrisme profond à une fougueuse énergie. Davila instaure avec lui une étrange connivence qui rend la musique mystérieuse, voire inquiétante. « Chorale Alta », par exemple, fait penser à une fanfare en réduction qui serait venue au jazz via l’Art Ensemble of Chicago, tandis que « Rumbeling », telle une bande sonore d’un film imaginaire, installe une atmosphère horrifique à la Blair Witch. Thommy Andersson est le liant entre les cuivres, et son jeu de contrebasse, avec ou sans archet, est d’une grande finesse, posant une assise rythmique solide ou offrant un cadre mélodique propice aux envolées des deux solistes. C’est une œuvre à la fois audacieuse, poétique et évocatrice, et donc ancrée dans une certaine tradition nordique où la musique est souvent synonyme d’espace, de silence, de lyrisme mélancolique et de sonorités contemplatives. Ce « Bleu chatoyant » est aussi ambitieux que séduisant.
