Mick Goodrick & Fred Hersch : Feebles, Fables & Ferns
Depuis sa fondation en 1969, le label ECM a marqué l’histoire de la guitare jazz moderne en publiant des albums et des artistes devenus incontournables parmi lesquels Pat Metheny, John Abercrombie, Bill Frisell, Terje Rypdal, Egberto Gismonti, Ralph Towner, Wolfgang Muthspiel et… Mick Goodrick, certes beaucoup plus discret mais grand pédagogue admiré par ses pairs pour son sens de l’harmonie. Disparu en novembre 2022, le guitariste réapparaît dans cet album posthume issu d’une session intimiste enregistrée à l’été 1988 avec le pianiste Fred Hersch dans le studio de ce dernier à New York. L’atmosphère méditative privilégie la concentration et l’écoute plutôt que le spectaculaire. Dans un répertoire assez court (39 minutes) alternant compositions personnelles et standards, chacun des deux musiciens veille à ponctuer intelligemment le discours de l’autre, faisant naître une œuvre lyrique spontanée. Il n’y a pas beaucoup de longs solos au sens strict et, surtout, absolument aucun étalage égotique, les deux complices déployant des phrases d’une virtuosité mesurée qui s’enroulent, se croisent et se répondent sans cesse. Le titre de l’album, « Faibles, Fables et Fougères » — repris d’une composition de Mick Goodrick figurant sur son unique album en solo pour le label munichois, « In Pas(s)ing » — est poétique mais demeure énigmatique à l’instar de ces pièces nées d’une rencontre impromptue et ouvertes aux appels de l’air du moment. On regrette toutefois que certains morceaux, tel le long « Five Excursions », donnent l’impression d’exercices encore en gestation et n’aient pas été davantage approfondis.
La prise de son est bonne, fidèle à l’esthétique ECM malgré un enregistrement réalisé hors des studios habituellement choisis par Manfred Eicher. Trente-huit ans après sa création, cette unique collaboration entre Mick Goodrick et Fred Hersch conserve ainsi une fraîcheur et une singularité intactes.
